Au pied de la lettre.
Dès le XVIe siècle, cette expression a le sens de "comprendre une chose dans le strict sens des mots". Il s'agit d'une allusion à la Bible dans laquelle une lettre des Corinthiens met en avant la nuance qui existe entre ce que l'on peut dire ou écrire et le sens réel des mots, les sous-entendus. Le pied ici est la mesure, l’ancienne unité de longueur dite « pied de Roi » qui contenait 12 pouces et mesurait 0,3248 m. On peut mesurer une expression selon l’esprit ou selon la lettre. Et mesurer selon l’esprit revient à effectuer une démarche intellectuelle. Il faut voir une opposition entre la lettre, c'est-à-dire l’interprétation littérale, attachée aux mots et l’esprit, c'est-à-dire l’intention véritable dissimulée sous les mots. Au pied de la lettre se rencontre soit avec des verbes exprimant la compréhension intellectuelle (comprendre, interpréter..) soit avec des verbes qui expriment l’action (faire, exécuter, suivre…) c'est-à-dire ponctuellement, scrupuleusement.
Au pied levé
Faire quelque chose au pied levé c’est la faire sans préparation . Au début, cette expression s'employait uniquement lorsqu'on s'adressait à quelqu'un au moment où il s'apprêtait à partir (le pied déjà levé), mais elle s'est rapidement généralisée à toutes les situations où quelqu'un est pris à l'improviste ou n'a pas le temps de se préparer à ce qu'on lui demande.
Elle se disait d'abord "à pied levé" au milieu du XVe siècle, avant de devenir au pied levé au milieu du XVIe.
« Car il en fallait un [mensonge] chaque fois pour faire tête à ce terrible "D'où viens-tu ?" qui m'attendait en travers de la porte (...). Je devais répondre là, sur le palier, au pied levé, avoir toujours une histoire prête »
Alphonse Daudet - Les contes du lundi
Avoir les pieds nickelés
Il s’agirait d’une altération de pieds niclés « noués, malformés » terme dialectal passé en argot (1894). Celui qui a les pieds nickelés serait particulièrement mal doué, lent et paresseux, tire-au-flanc. L’expression aurait pu être popularisée par les célèbres bandes dessinées de Forton. Mais l’expression se limitera à la désignation des personnages tant Croquignol, Ribouldingue et Filochard sont paresseux par vocation mais pas maladroits. Ils dépensent au contraire des trésors d’imagination et d’énergie pour vivre aux crochets d’une société bourgeoise que leur anarchisme cherche et parvient souvent à ridiculiser.
Travailler d'arrache-pied
Cette expression renvoie à une image selon laquelle on essaierait de "décoller" ses pieds du sol, défiant ainsi les lois de la gravité. Faire quelque chose "d'arrache-pied" signifie donc qu'on le fait avec beaucoup d'efforts.
Se placer les pieds
= avoir le pied à l’étrier. L'origine de cette expression remonte au milieu du XVe siècle où l'on trouvait "mettre le pied en l'estrier à quelqu'un". On a ensuite dit vers le milieu du siècle suivant "mettre son pied en l'estrier". L'étrier permet au cavalier de monter sur son cheval, mais également de le diriger. Il symbolise ainsi l'aide que l'on peut apporter à quelqu'un pour lui permettre de mener à bien une entreprise, et par extension à bien commencer sa carrière, à obtenir une bonne position sociale.
Faire le pied de grue
Apparue au XVIIe siècle, l'expression "faire le pied de grue" a remplacé "faire la jambe de grue". Celle-ci provenait du verbe "gruer" qui signifiait "attendre". De plus, il s'agissait également d'une référence à la grue en tant qu'oiseau, souvent citée pour désigner une personne idiote. "Faire le pied de grue" est donc équivalent à "attendre en ayant l'air un peu sot"
Avoir la bibitte aux pieds
Avoir le pied au plancher
Métaphore automobile : appuyer sur l’accélérateur
Pieds de plomb
Lâcher pied
Cette expression fait partie des métaphores militaires comme prendre pied (s’installer dans une position, une situation)
Lever le pied
Métaphore automobile : cesser d’appuyer sur l’accélérateur
Je dois être un des rares lascars qui ont lu la Bible de la première à la dernière page sans lever le pied. J’arrêtais le soir, je reprenais le matin.
F.GUILLO – Le P’tit Francis p 194-195
Avoir un pied dans la tombe
« Etre près de la mort » met en œuvre l’image très ancienne de la vie représentée par une marche qui aboutit à la tombe : le dernier pas –la mort- met le second pied dans la tombe (XIV). L’expression est dans Montaigne avec un syntaxe différente : avoir le pied à la fosse.
Pieds et poings liés
Cette expression apparue au XVIIe siècle est une image très parlante : on s'imagine avoir les pieds et les poings attachés, ce qui signifie que l'on ne pourrait plus rien faire. Le sens en est le même mais il connote plus une incapacité morale qu'une incapacité motrice. Le choix de poings plutôt que mains ou bras, etc… est certainement influencé par l’allitération des consonnes initiales.
L’essentiel est que le gouvernement donne l’impression qu’il n’est pas plus aux mains des factions de gauche qu’il n’a à se rendre pieds et poings liés aux sommations de je ne sais quelle armée prétorienne qui, croyez moi, n’est pas l’armée.
M.PROUST – A la recherche du temps perdu – t 2 p 245
Retomber sur ses pieds
Métaphore de la culbute, de l’acrobatie, appliquée au discours. S’emploie aussi dans le domaine de l’action, après des difficultés
Ne plus rien avoir sous le pied
Les pieds de qqn ne touchent plus terre
Ne pas remettre les pieds quelque part
Refus d’aller chez quelqu’un, de le visiter.
L’hôtesse : si ti voulais, j’irais chez le curé
L’hôte : si tu y mets les pieds je te roue de coups.
DIDEROT – Jacques le Fataliste p 533
… et le jeune fille se repentait maintenant d’avoir ainsi quitté Valognes en un coup de tête, sans avertir son oncle. Celui-ci ne les connaissait point, n’ayant plus remis les pieds là-bas depuis qu’il en était parti tout jeune.
Emile ZOLA – AU bonheur des Dames – t1 p 7
C'est le pied ! .
Cette expression renvoie à l’image du bébé heureux qui s’empare de son petit pied pour le sucer ainsi qu’à celle de la femme, que relevait déjà Aristophane dans Lysistrata, qui saisit son pied au moment de la jouissance sexuelle. En fait la locution est d’origine argotique. Elles est attestée au milieu du XIX siècle, et le pied dont il s’agit est la mesure (0,324 m). Au cours d’un partage de butin, « mon pied » c’est la part qui me revient. Dans le commerce sexuel, prendre son pied c’est donc avoir sa part de jouissance.
Pied de nez
« On dit qu’un homme a eu un pied de nez lorsqu’il a été trompé dans ses espérances », dit Furetière. De là à narguer l’individu en lui représentant symboliquement la chose : faire un pied de nez à quelqu’un, c’est un geste que l’on fait en mettant le pouce d’une main sur le nez et le pouce de l’autre main sur le petit doigt de la première main. Ce qui fait environ un pied !
Trouver chaussure à son pied
Cette locution apparaît au début du XVIIe siècle, mais avec un sens bien différent puisqu'elle voulait dire "trouver quelqu'un qui résiste", le 'à' signifiant 'contre', à l'époque, et l'image étant celle d'un pied chaussé appuyant contre le sien.
Connaissez - vous la distance de cette course ?..................en pieds bien sûr !
79724,41 feets. Le pied est une ancienne unité de mesure en France qui contenait 12 pouces et valait 0,324 8 m.
Avoir les pieds plats : désigne au XVII siècle les gens à souliers plats, c'est à dire les paysans. Aujourd'hui, pieds plats a la valeur de personnes serviles et non plus incultes, grossières.
Bibliographie
Jacques JOUET – « A bouche que veux-tu » : le corps dans les expressions de la langue française. LAROUSSE – 2004
Alain REY – Sophie CHANTREAU - Dictionnaire des expressions & locutions. ROBERT – 2000
Claude DUNETON – « La Puce à l’oreille » : anthologie des expressions populaires avec leur origine
Le Livre de Poche - 2002
Claude DUNETON en collaboration avec Sylvie CLAVAL – « Le Bouquet des expressions imagées » -
SEUIL – 1990
Grand Larousse en 5 volumes – Edition 1990